mardi 13 décembre 2016

Chapitre 3 La vie d’un citoyen.



Un homme instruit de la sorte, et possesseur d’une fortune
qu’il peut avoir acquise par don, conquête, opérations de commerce,
dépôt ou héritage de ses ancêtres, doit devenir chef de
maison, et mener la vie de citoyen. Il prendra une maison dans
une ville ou un grand village, ou dans le voisinage d’honnêtes
gens, ou dans un lieu fréquenté par un grand nombre de personnes.
Cette résidence sera située près d’un cours d’eau, et
divisée en différents compartiments pour divers objets. Elle sera
entourée d’un jardin, et contiendra deux appartements, l’un
extérieur, l’autre intérieur. L’appartement intérieur sera occupé
par les femmes ; l’autre, embaumé de riches parfums, renfermera
un lit, moelleux, agréable à l’oeil, couvert d’un drap de
parfaite blancheur, jeu élevé vers le milieu, surmonté de guirlandes
et de faisceaux de fleurs, avec un baldaquin au-dessus,
et deux oreillers, l’un à la tête, l’autre au pied. Il y aura aussi
une sorte de sofa ou lit de repos, et à la tête une crédence où
seront placés les onguents parfumés pour la nuit, des fleurs,
des pots de collyre et autres substances odoriférantes, les essences
servant à parfumer la bouche et des écorces de citron
commun. Près de ce sofa, sur le plancher, un crachoir, une
boîte à parures, et aussi un lit pendu à une défense d’éléphant,
une table à dessiner, un pot de parfums, quelques livres et des
guirlandes d’amarantes jaunes. Un peu plus loin, et sur le plancher,
il doit y avoir un siège rond, une boîte à jeux et une table
à jouer aux dés ; en dehors de l’appartement extérieur seront
des volières , et une salle séparée pour filer, sculpter le bois et
autres semblables divertissements. Dans le jardin, il y aura une
balançoire tournante et une ordinaire ; puis un berceau de
plantes grimpantes couvert de fleurs, avec un banc de gazon
pour s’asseoir.

Levé dès le matin, le chef de maison, après s’être occupé des
devoirs indispensables, se lavera les dents, s’appliquera sur le
corps, en quantité modérée, des onguents et des parfums, mettra
du collyre sur ses paupières et sous ses yeux, colorera ses
lèvres avec de l’alacktaka, et se regardera dans le miroir. Puis,
ayant mangé des feuilles de bétel et d’autres choses qui parfument
la bouche, il vaquera à ses affaires habituelles. Chaque
jour, il prendra un bain, de deux jours l’un s’oindra le corps
avec de l’huile, tous les trois jours s’appliquera sur le corps
une substance mousseuse, se fera raser la tête (visage compris)
tous les quatre jours, et les autres parties du corps tous
les cinq ou dix jours . Tout cela doit être ponctuellement exécuté
; il aura soin, également, de faire disparaître la sueur des
aisselles. Il prendra ses repas dans la matinée, dans l’après-midi,
et encore le soir, comme le prescrit Charayana. Après déjeuner,
il s’occupera d’apprendre à parer à des perroquets et
autres oiseaux ; puis viendront les combats de coqs, de cailles
et de béliers. Un temps limité sera consacré à des divertissements
avec des Pithamardas, des Vitas et des Vidushakas ; ensuite
il fera la sieste de midi. Puis, le chef de maison, s’étant
revêtu de ses habits et ornements, passera l’après-midi à
converser avec ses amis. Le soir, on chantera. Enfin, le chef de
maison, en compagnie l’un ami, attendra dans sa chambre,
Préalablement décorée et Parfumée, la venue de la femme qui
peut lui être attachée, ou bien lui enverra une messagère, ou
ira lui-même la trouver. Lorsqu’elle sera arrivée, lui et son ami
lui souhaiteront la bienvenue et la récréeront par des propos
aimables et plaisants. Telle sera la dernière occupation du jour.
Voici les divertissements et amusements auxquels on se livrera
de temps à autre :
Festivals en l’honneur de différentes Divinités. Réunions de société
des deux sexes. Parties à boire. Pique-niques. Autres divertissements
de société.


1. Festivals

À certain jour particulièrement propice, une assemblée de citoyens
devra se tenir dans le temple de Saraswati. Ce sera
alors l’occasion d’éprouver le talent des chanteurs ou autres
artistes qui auront pu venir dans la ville, et le lendemain il y
aura toujours une distribution de récompenses. On pourra ensuite
les retenir ou les renvoyer, selon que l’assemblée aura ou
non goûté leurs exercices. Les membres de l’assemblée devront
agir de concert en temps de détresse comme en temps de
prospérité ; et c’est aussi le devoir de ces citoyens de donner
l’hospitalité aux étrangers qui auront pu venir dans l’assemblée.
Ceci s’applique, bien entendu, à tous les autres festivals
qui peuvent être célébrés en l’honneur des différentes Divinités,
conformément aux présentes règles.


2. Réunions de société

Lorsque des hommes de même âge, dispositions et talents,
ayant le goût des mêmes plaisirs, avec le même degré d’éducation,
se réunissent en compagnie de femmes publiques, ou
dans une assemblée de citoyens, ou au domicile d’un des deux,
pour y tenir ensemble d’agréables conversations, cela s’appelle
une réunion de société. On s’y amuse notamment à compléter
des vers à moitié composés par d’autres, et à éprouver l’instruction
de chacun dans les différents arts.
Les femmes d’une grande beauté, ayant des goûts analogues
à ceux des hommes et des attraits propres à captiver les
coeurs, ne manquent pas d’être honorées dans ces réunions.


3. Parties à boire

Hommes et femmes doivent boire dans les maisons les uns des
autres. Et alors les hommes feront boire aux femmes publiques,
et boiront eux-mêmes des liqueurs telles que le
Madhou, l’Aireya, le Sara et l’Asawa, qui sont de goût amer et
sur ; et aussi d’autres boissons faites avec les écorces de différents
arbres, des fruits et des feuilles sauvages.


4. Promenades aux jardins, ou pique-niques

Dans la matinée, les hommes, après s’être habillés, se rendront
à cheval aux jardins, accompagnés de femmes publiques et suivis
de domestiques. Ils vaqueront à aux exercices convenables,
Passeront le temps en agréables distractions, telles que combats
de cailles, de coqs et de béliers, et autres spectacles ; puis
ils s’en retourneront chez eux dans l’après-midi, en rapportant
des bouquets de fleurs, etc. De la même façon, en été, ils iront
se baigner dans une eau dont préalablement on aura retiré les
animaux méchants ou dangereux, et qui aura été empierrée de
tous côtés.


5. Autres divertissements de société

Passer les nuits à jouer aux dés. Se promener au clair de lune.
Célébrer une fête en honneur du printemps. Cueillir les bourgeons
et les fruits du manguier. Manger les fibres du lotus.
Manger les épis le blé tendres. Faire des piqueniques dans les
forêts quand les arbres revêtent leur nouveau feuillage. L’Udakakshvedika,
ou exercice dans l’eau. Se décorer mutuellement
avec les fleurs de certains arbres. Se battre avec les fleurs de
l’arbre Kadamba ; et une foule d’autres exercices connus dans
tout le pays, ou particuliers à certaines provinces. Ces amusements
et d’autres semblables seront toujours en usage parmi
les citoyens. Ils seront, notamment, goûtés par un homme qui
se divertit seul avec une courtisane, ou bien par une courtisane
qui se récrée de même en compagnie de servantes ou de
citoyens.
Un Pithamarda est un homme sans fortune, seul dans le
monde, font l’unique propriété consiste dans son Mallika,
quelque substance mousseuse, et un habit rouge ; qui vient
d’une bonne contrée, et qui est habile dans tous les arts : en
enseignant ces arts, il est repu dans la compagnie des citoyens
et dans les demeures des femmes publiques.
Un Vita est un homme qui jouit des avantages de la fortune :
Compatriote des citoyens avec lesquels il se lie, possédant
les qualités d’un chef de maison, ayant sa femme avec lui, il est
honoré dans l’assemblée des citoyens et dans les demeures des
femmes publiques, dont l’assistance le fait vivre.
Le rire est un personnage versé seulement dans quelques
arts, un amuseur bien vu de tout le monde.
Ces différentes personnes servent d’intermédiaires dans les
querelles et réconciliations entre citoyens et femmes
publiques.
Cette remarque s’applique aussi aux mendiantes, aux
femmes à tête rasée, aux femmes adultères, et aux vieilles
femmes publiques habiles dans tous les arts. Ainsi un citoyen
qui réside dans sa ville ou dans son village, respecté de tous,
entretiendra des relations avec les personnes de sa caste qui
méritent d’être fréquentées. Il conversera dans leur compagnie
et sera jouir ses amis de sa société ; en leur rendant des

services, il les induira, par son exemple, à s’obliger de même
les uns les autres.
Il y a, sur ce sujet, quelques versets dont voici le texte :
« Un citoyen qui converse dans une société sur certains topiques,
sans employer exclusivement la langue sanskrite, ni les
dialectes du pays, s’attire un grand respect. Le sage ne doit
pas s’affilier à une société que le public méprise, qui n’est gouvernée
par aucune règle, et qui tend à la destruction des
autres. Mais un homme savant, allié à une société dont les
actes sont au gré du peuple et qui a pour unique objet le plaisir,
est hautement respecté dans ce monde. »
Moins d’entrain et d’ingénuité ; parfois, il y souffre de son intervention.
D’après la définition technique de ses attributs, il
doit, par sa contenance, son âge, son habillement, être ridicule
de façon à provoquer la gaieté.


Bientôt

Chapitre 4
Des sortes de femmes fréquentées par les citoyens,