lundi 5 décembre 2016

Chapitre 9 De l’auparishtakai ou congrès buccal.


Il y a deux sortes d’eunuques, les uns déguisés en hommes, les



autres en femmes.


Les eunuques déguisés en femmes imitent
celles-ci en tout :

costume, parler, gestes, gentillesse, timidité,
simplicité, douceur et modestie.

Les actes qui s’opèrent sur le
jaghana ou partie médiane des femmes se font dans la bouche
de ces eunuques : c’est ce qu’on appelle Aupahshtaka. Ces eunuques
trouvent dans le congrès buccal un plaisir d’imagination,
en même temps qu’un gagne pain, et ils mènent la vie des
courtisanes, surtout ceux qui sont déguisés en femmes.
Les eunuques déguisés en hommes tiennent leurs pratiques
secrètes, et quand ils veulent exercer une profession, ils choisissent
celle de masseur. Sous prétexte de vous masser, un eunuque
de cette sorte embrasse et attire à lui les cuisses de son
client, puis il lui touche les attaches des cuisses et le jaghana,
ou les parties centrales du corps.
Si, alors, il trouve le Lingam en érection, il le presse de ses
mains et le frotte pour le maintenir dans cet état. Si, après cela
et connaissant son intention, le client ne dit pas à l’eunuque de
continuer, celui-ci prend sur lui de le faire et commence le
congrès. Si, au contraire, le client lui ordonne d’agir, il s’y refuse
et ne consent enfin qu’avec difficulté.

Suit alors une série de huit opérations pratiquées l’une après
l’autre par l’eunuque, savoir :

Cette pratique paraît avoir été usitée très anciennement
dans certaines parties de l’Inde.

Le Shushnata, un ouvrage de
médecine qui remonte à deux mille ans, décrit, au nombre des
maladies dont il traite, la blessure faite au Lingam par les
dents. On trouve des traces de cette pratique jusque dans le
VIIe siècle ; il existe, en effet, des scènes d’Aupahshtaka dans
les sculptures de plusieurs temples de Shaiva à
Bhuvaneshwara, près de Kattak, dans l’Orissa, qui ont été
construits vers cette époque.

De telles scultures sur de tels édifices
donnent à penser que cette pratique était alors très populaire
dans certaines régions.

Il ne paraît pas qu’elle soit aussi
en faveur aujourd’hui dans l’Hindoustan :

elle a peut-être cédé
la place à la sodomie, introduite depuis la période
mahométane.

Congrès nominal.  Lorsque, tenant le Lingam de l’homme
avec sa main, et le plaçant entre ses lèvres, l’eunuque le frôle
de sa bouche, cela s’appelle congrès nominal. Mordillage des
côtés.  Lorsque, couvrant l’extrémité du Lingam avec ses
doigts rassemblés en forme de bouton de fleur, l’eunuque en
presse les côtés avec ses lèvres, en se servant aussi des dents,
cela s’appelle Mordillage des côtés. Pression extérieure.
Lorsque, sollicité de continuer, l’eunuque presse le bout du
Lingam avec ses lèvres serrées et le baise comme s’il voulait le
tirer, cela s’appelle pression extérieure. Pression intérieure.
Lorsque, sur une nouvelle invitation de poursuivre, il introduit
le Lingam plus avant dans sa bouche, le presse avec ses lèvres
et ensuite le fait sortir, cela s’appelle pression intérieure.

 Baiser.

 Lorsque, tenant le Lingam dans sa main, l’eunuque le
baise comme s’il faisait la lèvre inférieure, cela s’appelle baiser.
Polissage.  Lorsque, après l’avoir baisé, il le caresse partout
avec sa langue, et particulièrement sur l’extrémité, cela
s’appelle polissage. Succion de la mangue.  Lorsque, continuant
de la sorte, il en introduit la moitié dans sa bouche, le
baise et le suce avec force, cela s’appelle succion de la
manque. Absorption.  Et enfin, lorsque, du consentement de
l’homme, l’eunuque introduit le Lingam tout entier dans sa
bouche et le presse jusqu’à la racine comme s’il allait l’avaler,
cela s’appelle absorption.

Chacune de ces opérations terminée, l’eunuque exprime son
désir d’en rester là ; malgré la première, le client veut la seconde,
puis la troisième, et ainsi de suite.
On peut aussi, pendant cette espèce de congrès, frapper,
égratigner, etc.
L’Auparishtaka est également pratiqué par des femmes dissolues
et libertines, et par des servantes non mariées, qui
vivent de la profession de masseuse.

Les Acharyas (anciens et vénérables auteurs) sont d’avis que
cet Auparishtaka est l’affaire d’un chien et non celle d’un
homme, parce que c’est une pratique basse et prohibée par la
Sainte Écriture, et parce que l’homme lui-même souffre en
mettant son Lingam en contact avec les bouches des eunuques
et des femmes. Mais Vatsyayana soutient que les prohibitions
de la Sainte Écriture ne s’appliquent pas à ceux qui fréquentent
les courtisanes, et que la pratique de l’Auparishtaka
n’est défendue qu’avec les femmes mariées. Quant au mal qui
peut être fait à l’homme, il est aisément remédiable.
Les gens de l’Inde orientale ne s’adressent pas aux femmes
qui pratiquent l’Auparishtaka.

Les gens d’Ahichhatra s’adressent à ces femmes, mais s’abstiennent
de tout commerce avec la bouche.
Les gens de Saketa ont avec ces femmes toute espèce de
commerce buccal, tandis que ceux de Nagara s’en abstiennent,
mais font tout le reste.

Les gens du pays de Shurasena, sur la rive méridionale du
Djoumnah, font tout sans hésitation, car, disent-ils, les femmes
étant malpropres de nature, personne ne peut être certain de
leur caractère, de leur pureté, de leur conduite, de leurs pratiques,
de leurs confidences ou de leurs discours. Il n’y a Pas
lieu, pour cela, de les délaisser ; en effet, la loi religieuse, sur
l’autorité de laquelle elles sont réputées pures, établit que le
pis d’une vache est propre au moment où on la trait, quoique la
bouche d’une vache, et aussi la bouche de son veau, soient
considérées comme malpropres par les Hindous.

De même un
chien est propre lorsque à la chasse il s’empare d’une biche,
quoique la nourriture touchée par un chien soit d’ailleurs
considérée comme très malpropre. Un oiseau est propre quand
il fait tomber un fruit d’un arbre en le becquetant, quoique les
objets mangés par des corbeaux ou autres oiseaux soient considérés
comme malpropres. La bouche d’une femme, aussi, est
propre pour donner ou recevoir des baisers, et pour d’autres
actes semblables au moment du commerce sexuel. Vatsyayana,
en fin de compte, estime que, dans toutes ces matières
d’amour, chacun doit agir conformément aux usages de son
pays et à sa propre inclination.

Il y a aussi, sur ce sujet, des versets dont voici le texte :

 « Les serviteurs mâles de certains hommes pratiquent avec
leurs maîtres le congrès buccal.

Il y a aussi des citoyens qui, se
connaissant bien les uns les autres, le pratiquent entre eux.
Certaines femmes du harem, lorsqu’elles sont amoureuses,
agissent de la bouche sur les Yonis l’une de l’autre, et certains
hommes font la même chose avec les femmes.

Pour faire ceci
(c’est-à-dire pour baiser le yoni), on imitera le baiser sur la
bouche. Lorsqu’un homme et une femme sont couchés en sens
inverse, c’est-à-dire la tête de l’un vers les pieds de l’autre, et
se livrent à cette espèce de congrès, cela s’appelle le congrès
du corbeau. »

Ces sortes de choses passionnent tellement certaines
courtisanes, qu’elles abandonnent des amants distingués,
honnêtes et instruits, pour s’attacher à des personnes de
basse condition, telles que des esclaves et des conducteurs
d’éléphants. L’Auparishtaka, ou congrès buccal, ne doit jamais
être pratiqué par un Brahmane lettré, par un ministre chargé
des affaires d’un État, par un homme de bonne réputation ;
car, si la pratique en est permise par les Shastra, il n’y a pas
de raison pour qu’on la mette en oeuvre, si ce n’est dans les cas
particuliers. Ainsi, par exemple, on mentionne dans les livres
de médecine le goût, la force et les qualités digestives de la
viande de chien, mais il ne s’ensuit pas que le sage doive en
manger. Par contre, il y a des hommes, des lieux et des temps
à l’égard desquels on peut user de ces pratiques. Un homme
doit, en conséquence, considérer le lieu, le temps et la pratique
qu’il s’agit d’opérer, si elle convient à sa nature et à lui-même ;
après quoi il pourra ou non s’y livrer, selon les circonstances.

Mais après tout, ces choses étant faites secrètement et l’esprit
de l’homme étant variable, comment savoir ce que fera une
personne dans tel ou tel temps et pour tel ou tel objet ?

 Bientôt


Chapitre 10


De la manière de commencer et de finir le


congrès ; différentes sortes de congrès et


querelles d’amour.