lundi 26 décembre 2016

De l’amour des personnes en charge pour les épouses d’autrui.


Chapitre 5

Les rois et leurs ministres n’ont pas d’accès dans les demeures
des citoyens, et, de plus, leur manière de vivre est constamment
surveillée, observée et imitée par la multitude :

exactement comme le monde animal, voyant le soleil se lever, se lève
avec lui, et lorsqu’il se couche le soir, se couche de nouveau à
son imitation.

Les personnes en charge doivent donc éviter de
faire en public aucun acte blâmable, que leur position leur interdit
et qui serait digne de censure.

Mais si un tel acte paraît
nécessaire, elles doivent alors employer les moyens convenables,
tels qu’ils sont décrits ci.après :

Le principal d’un village, l’officier du Roi y préposé, et
l’homme dont le travail consiste à glaner du blé, peuvent séduire
des villageoises en leur faisant une simple demande.
Aussi
les voluptueux donnent-ils le nom de ribaudes à cette catégorie
de femmes.

L’union des hommes sus-mentionnés avec cette catégorie de
femmes a lieu à l’occasion d’un travail non Payé, de l’emmagasinage
des récoltes dans leurs greniers, de l’entrée dans la
maison ou de la sortie d’objets, du nettoyage des maisons, du
travail des champs, de l’achat du coton, de la laine, du lin, du
chanvre, du fil, et dans la saison de l’achat, vente et échange
de divers autres articles, comme aussi au moment où se font
divers autres travaux.

De la même façon, les surveillants de parcs aux vaches jouissent des femmes dans ces parcs ; et les officiers qui ont la surveillance des veuves, des femmes sans appui et de celles qui ont quitté leurs maris, ont avec ces
femmes un commerce sexuel. Les plus adroits font leur besogne
en rôdant la nuit dans le village. Il y a aussi des villageois
qui entretiennent des relations avec les femmes de leurs
fils, étant la plupart du temps seuls avec elles. Enfin les surveillants
des marchés ont fort affaire aux villageoises, lorsque
celles-ci viennent au marché pour leurs achats.

Durant le festival de la huitième lune, c’est-à-dire, durant la
brillante moitié du mois de Nargashirsha, comme aussi durant
le festival de clair de lune du mois de Kartika, et le festival de
printemps de Chaitra, les femmes des villes et des cités visitent
généralement les femmes du harem du Roi, dans le palais
royal. Ces visiteuses, étant connues des femmes du harem,
sont admises dans leurs appartements particuliers ; elles y
passent la nuit en conversations, en sports et en amusements à
leur goût, et s’en vont le matin. À cette occasion, une servante
du Roi, qui saura d’avance la femme pue le Roi désire, accostera,
en ayant l’air de flâner, telle ou telle femme qui s’apprête à
rentrer chez elle, et l’invitera à venir voir les curiosités du
palais.

Avant même ces festivals, elle peut avoir fait dire à cette
femme qu’à l’occasion du festival elle veut lui montrer toutes
les choses intéressantes du palais. Et, effectivement, elle lui fera
voir le berceau de plantes grimpantes en forme de corail, la
maison du jardin avec son plancher incrusté de pierres précieuses,
le berceau de grappes de raisin, l’édifice sur l’eau, les
passages secrets dans les murs du palais, les peintures, les animaux
de chasse et de sport, les machines, les oiseaux, et les
cages aux lions et aux tigres. Ensuite, étant seule avec elle,
elle lui parlera de l’amour que lui porte le Roi et lui vantera
l’heureuse fortune que lui procurerait son union avec le Roi,
l’assurant d’ailleurs d’un secret strictement gardé. Si la femme
accepte cette offre, elle l’en récompensera par de jolis présents
dignes du Roi, et, après l’avoir accompagnée à quelque
distance, la congédiera avec de grandes marques d’affection.

Il peut arriver aussi que les femmes du Roi, ayant fait la
connaissance du mari de la femme que le Roi désire, invitent
cette femme à venir les visiter dans le harem ; et alors, une
servante du Roi, envoyée là tout exprès, agira comme il est dit
Ci-dessus.

Ou bien une des femmes du Roi fera la connaissance de la
femme que le Roi désire, en lui envoyant une de ses suivantes
qui, devenue plus intime avec elle, l’engagera à venir voir le
palais royal. Puis, lorsqu’elle aura visité le harem et pris
confiance, une a l’idée du Roi, envoyée tout exprès, agira
comme il est dit ci-dessus.

Ou bien la femme du Roi invitera celle que le Roi désire à venir
au palais royal, Pour voir pratiquer l’art dans lequel la
femme du Roi peut exceller, et lorsqu’elle sera venue au harem,
une servante du Roi, envoyée tout exprès, agira comme il
est dit ci-dessus.

Ou bien une mendiante, d’accord avec la femme du Roi, dira
à la femme que le Roi désire, et dont le mari peut avoir perdu
sa fortune ou avoir quelque chose à craindre du Roi :

"Cette femme du Roi a de l’influence sur lui ; elle est, de plus, naturellement
bienveillante ; c’est à elle, par conséquent, que nous devons
avoir recours en cette affaire.

Je me charge de vous faire entrer au harem, et elle écartera
toute cause de danger et de crainte de la part du Roi." Si la
femme accepte cette offre, la mendiante la conduira deux ou
trois fois au harem, et la femme du Roi lui promettra sa protection.
Ensuite, lorsque la femme, enchantée de l’accueil et de la
protection promise, retournera au harem, une servante du Roi,
envoyée tout exprès, agira comme il a été dit.

Ce qu’on vient de dire au sujet de la femme d’un homme qui
a quelque chose à craindre du Roi s’applique aussi aux femmes
de ceux qui sollicitent du service auprès du Roi, ou qui sont opprimés
par les ministres du Roi, ou qui sont pauvres, ou qui ne
sont pas satisfaits de leur position, ou qui désirent gagner la
faveur du Roi, ou qui veulent devenir fameux parmi le peuple,
ou qui sont opprimés par les membres de leur propre caste, ou
qui veulent faire affront à leurs compagnons de caste, ou qui
agissent en espions du Roi, ou qui ont quelque objet à
atteindre.

Enfin, si la femme que le Roi désire vit avec un homme qui
n’est pas son mari, alors le Roi peut la faire arrêter, et l’ayant
réduite en esclavage, à cause de son délit, la placer dans le harem.
Ou encore, le Roi ordonnera à son ambassadeur de chercher
querelle au mari de la femme qu’il désire, et il
emprisonnera celle-ci comme la femme d’un ennemi du Roi,
pour la placer ensuite dans le harem.
Ainsi finissent les moyens de gagner secrètement les épouses
d’autrui.

Les moyens ci-dessus mentionnés de gagner les épouses
d’autrui se pratiquent généralement dans les palais des Rois.
Mais un Roi ne doit jamais pénétrer dans le domicile d’une
autre personne ; car Abhira, roi des Kottas, fut tué par un blanchisseur
tandis qu’il était dans une maison étrangère, et Jajasana,
roi des Kashis, fut massacré en pareille occasion sur l’ordre
de ses cavaliers.

Mais, suivant les coutumes de quelques pays, les Rois ont
certaines facilités de faire l’amour aux femmes d’autres
hommes. Ainsi, dans le pays des Andhras, les nouvelles mariées
ont l’usage de se présenter au harem du Roi, avec des
présents, le dixième jour de leur mariage ; puis, après avoir été
possédées par le Roi, elles sont congédiées. Dans le pays des
Vatsagulmas, les femmes des Premiers ministres vont trouver
le Roi le soir et se mettent à son service. Dans le pays des Vaidharbas,
les belles femmes des indigènes passent un mois dans
le harem du Roi, sous prétexte de leur affection pour sa
personne.

Dans le pays des Aparatakas, les citoyens envoient en présents
leurs belles femmes aux ministres et aux Rois. Et enfin,
dans le pays des Saurashtras, les femmes de la ville et de la
campagne se rendent au harem royal pour le plaisir du Roi,
soit ensemble, soit séparément.

Il y a aussi, sur ce sujet, deux versets, doit voici le texte :

"Les procédés ci-dessus décrits, et d’autres semblables, sont
les moyens employés par le Roi à l’égard des épouses d’autrui.

Mais un Roi, qui est préoccupé du bien être de son peuple, ne
doit en aucun cas les mettre en pratique." "Un Roi, qui a triomphé
des six ennemis de l’humanité, que sont la Luxure, la Colère,
l’Avarice, l’Ignorance spirituelle, l’Orgueil et l’Envie, devient
le maître du monde entier."

 Bientôt


Chapitre 6
Des femmes du harem royal et de la garde
de sa propre épouse.