jeudi 1 décembre 2016

Chapitre 4 Des choses que l’homme doit faire seul pour s’assurer l’acquisition de la fille ; pareillement, de ce que doit faire la fille pour dominer l’homme et se l’assujettir.


Or, quand la jeune fille commence à montrer son amour par
des signes et mouvements extérieurs, ainsi qu’il est décrit dans
le précédent chapitre, l’amant doit essayer de la conquérir entièrement
par différents moyens, tels que les suivants :

Au cours des jeux et divertissements auxquels tous deux
prendront part, il lui tiendra la main avec intention.

Il pratiquera
sur elle les différentes sortes d’embrassements, par
exemple, l’embrassement touchant, et autres dont il est parlé
dans un précédent chapitre (IIe Partie, Chapitre II). Il lui fera
voir une couple de figurines humaines découpées dans une
feuille d’arbre, et autres choses de même genre, par intervalles.
Dans les sports aquatiques, il plongera à une certaine
distance d’elle, et reparaîtra tout près. Il se montrera épris du
nouveau feuillage des arbres, et d’autres choses semblables. Il
lui décrira les tourments qu’il endure pour elle. Il lui racontera
le beau rêve qu’il a fait à l’occasion d’autres femmes. Dans les
parties et assemblées de sa caste, il s’assiéra près d’elle et la
touchera sous un prétexte ou sous un autre ; et, après avoir
placé son pied sur le sien, il touchera lentement chaque orteil
et pressera les extrémités des ongles ; s’il y réussit, il saisira
son pied avec la main et répétera la même chose. Il pressera
aussi entre ses orteils un doigt de sa main, lorsque la jeune
fille se lavera les pieds ; et, chaque fois qu’il lui fera un cadeau
ou en recevra d’elle, sa contenance et ses regards lui exprimeront
l’intensité de son amour.

Il répandra sur elle l’eau qu’il aura reçue pour rincer sa
bouche ; et, s’il se trouve avec elle dans un lieu solitaire, ou
dans l’obscurité, il lui fera l’amour, et lui dira le véritable état
de son esprit sans l’affliger d’aucune façon.

Chaque fois qu’il sera assis avec elle sur le même siège ou le
même lit, il lui dira :
« J’ai quelque chose à vous dire en particulier »,
et alors, si elle consent à l’écouter dans un endroit
tranquille, il lui exprimera son amour par des gestes et des
signes plutôt que par des paroles.

Lorsqu’il connaîtra bien ses sentiments à son égard, il se prétendra
malade et la fera venir chez lui pour lui parler.

Alors il lui prendra intentionnellement la main et la portera sur ses
jeux et sur son front, et, sous le prétexte de se préparer
quelque médecine, il la priera de se charger de l’ouvrage, en
ces termes :

« C’est à vous de faire cette besogne, à vous, et à
nul autre. »

Quand elle devra se retirer, il la laissera partir, en
la priant vivement de revenir le voir. Ce semblant de maladie
sera continué pendant trois jours et trois nuits. Dans la suite,
comme elle prendra habitude de venir souvent le voir, il tiendra
avec elle de longues conversations, car, dit Ghotakamukha,
« si passionnément qu’un homme aime une fille, il ne vient jamais
à bout d’en triompher sans une grande dépense de paroles
». Enfin, lorsque l’homme trouve la fille entièrement
conquise, il peut alors commencer à en jouir.

Quant à dire que
les femmes se montrent moins timides qu’à l’ordinaire le soir,
la nuit et dans l’obscurité, qu’elles sont à ces moments-là désireuses
du congrès, qu’elles ne s’opposent plus aux hommes et
qu’il faut en jouir seulement à ces heures-là, c’est pur
bavardage.

Lorsqu’un homme ne pourrait, par lui seul, arriver à ses fins,
il devra, au moyen de la fille de la nourrice ou d’une amie en
qui elle a confiance, se faire amener la jeune fille sans lui révéler
son dessein, et il procédera de la manière ci-dessus décrite.
Ou bien, dès le début, il enverra sa propre servante vivre avec
elle comme demoiselle de compagnie, et celle-ci lui en facilitera
la conquête.

À la fin, lorsqu’il sera édifié sur ses sentiments par sa contenance
extérieure et par sa conduite envers lui dans les cérémonies
religieuses, les cérémonies de mariage, les foires, les festivals,
les théâtres, les assemblées publiques et autres occasions
semblables, il devra commencer à en jouir Quand elle se trouvera
seule ; car Vatsyayana Pose en principe que, si l’on
s’adresse aux femmes en temps convenable et en lieu convenable,
elles ne sont jamais infidèles à leurs amants.

Une jeune fille, douée de bonnes qualités et bien élevée,
quoique née d’une famille de classe inférieure ou sans fortune,
et qui n’est pas en conséquence recherchée de ses égaux ; ou
bien une orpheline, privée de ses parents, mais observant les
règles de sa famille et de sa caste, doit, lorsqu’elle est venue à
l’âge d’être mariée et qu’elle songe à s’établir, faire des efforts
pour s’attacher un jeune homme fort et de bonne apparence,
ou tel autre qu’elle croira pouvoir l’épouser, par faiblesse d’esprit,
et même sans le consentement de ses parents.
Elle emploiera
dans ce but les moyens propres à s’en faire aimer, et
cherchera toutes les occasions de le voir et de le rencontrer.
Sa mère aussi ne négligera rien pour les réunir au moyen de
ses amies et de la fille de sa nourrice.

La jeune fille elle-même
s’arrangera pour se trouver seule avec son bien-aimé dans
quelque endroit tranquille, et tantôt elle lui donnera des fleurs,
tantôt une noix de bétel, des feuilles de bétel et des parfums.
Elle lui montrera aussi son adresse dans la pratique des arts,
dans le massage, l’égratignure et la pression des ongles. Enfin
elle l’entretiendra es sujets qu’il affectionne, et discutera avec
lui des voies et moyens à employer pour conquérir l’amour
d’une jeune fille.

Mais, suivant d’anciens auteurs, si ardente que soit l’affection
d’une jeune fille pour un homme, elle ne doit pas s’offrir
elle-même ni faire les premières ouvertures, car une fille qui
agit de la sorte s’expose à être méprisée et rebutée. Seulement,
lorsque l’homme paraît désirer d’en jouir, elle doit lui
être favorable, ne montrer aucun changement de contenance
lorsqu’il l’embrasse, et recevoir toutes les manifestations de
son amour, comme si elle ignorait à quoi il veut en venir.

Lorsqu’il voudra lui donner des baisers, toutefois, elle si opposera
; lorsqu’il la priera de lui permettre l’union sexuelle,
elle le laissera tout au plus toucher ses parties secrètes, et encore
avec beaucoup de difficulté ; et, quelles que soient ses importunités,
elle ne lui cédera pas de son plein gré, mais résistera
aux efforts qu’il fait pour l’avoir. C’est seulement quand elle
sera certaine qu’elle est vraiment aimée, que son amant lui est
tout à fait dévoué et qu’il ne changera pas, qu’elle s’abandonnera
à lui, en lui persuadant de l’épouser promptement.
Après avoir perdu sa virginité, elle en fera confidence à ses
amies intimes.

Ainsi finissent les efforts d’une jeune fille pour conquérir un
homme.

Il y a aussi, sur ce sujet, des versets dont voici le texte :

« Une fille qui est très recherchée doit épouser l’homme
qu’elle aime, et qu’elle pense devoir lui être obéissant et capable
de lui donner du plaisir.

Mais si, dans un but intéressé,
des parents marient leur fille à un homme riche sans se préoccuper
du caractère et de l’apparence du fiancé ; ou encore s’ils
a donnent à un homme qui a plusieurs femmes, elle ne s’attache
jamais à son mari, lors même qu’il serait doué de bonnes
qualités, obéissant, actif, robuste, sain de corps et désireux de
lui plaire de toutes façons. Un mari obéissant, mais toutefois
maître de lui-même, encore bien qu’il soit pauvre et n’ait pas
bonne apparence, est préférable à tel autre qui est commun à
plusieurs femmes, si beau et si attrayant que soit ce dernier.
Les femmes mariées à des hommes riches, qui ont beaucoup de
femmes, ne leur sont généralement pas attachées et ne leur
donnent pas leur confiance ; et, bien qu’elles jouissent de tous
les agréments extérieurs de la vie, elles n’en ont pas moins recours
à d’autres hommes. Un homme d’esprit grossier, ou tombé
de sa position sociale, ou trop porté à voyager, ne mérite
pas qu’on l’épouse ; de même celui qui a beaucoup de femmes
et d’enfants, ou qui aime passionnément les sports et les jeux
et ne vient trouver sa femme que rarement, quand cela lui
plaît.

De tous les amants d’une fille, celui-là seul est son vrai
mari qui possède les qualités par elle préférées, et un tel mari
aura seul une véritable supériorité sur elle, parce que c’est le
mari d’amour. »

 Bientôt


Chapitre 5